Mettre un terme aux politiciens de carrière

Publié le par Phil Fossil


« Ce qui domine l'année [2012], c'est la dégradation inouïe de nos mœurs politiques. Mensonges, truquages, corruption ont fait notre quotidien », dénonce Jacques Julliard dans Marianne. Il rappelle une citation de Michel Rocard : « Le mensonge fait partie intégrante de la politique », avait dit le politicien socialiste qui avait été Premier ministre durant le second mandat de François Mitterrand.

La vie politique est rythmée par les élections, et ces échéances motivent des jeux de dupes : les électeurs se montrent hésitants pour choisir le candidat qu’ils vont soutenir, et pour leur arracher leur vote, ce dernier leur fait des promesses qu’il ne pourra tenir. Dès son élection, les électeurs critiquent l’absence de réformes.

La création de la taxation de 75% sur les revenus des super-riches en France est l'un de ces trompe l’œil. Appât purement symbolique, l’effet bénéfique de la taxe ne se résume qu’à son énorme impact électoral. Sur le plan économique, c’est une autre histoire : non seulement son apport pour les finances publiques sera tout à fait marginal, mais elle motive les Français les plus fortunés à envisager l’exil fiscal, comme on l’a vu avec l’acteur Gérard Depardieu.

« Quelle entreprise, quelle association, quelle institution tendrait longtemps à pareil jeu de bonneteau? », se demande Julliard. La vie politique ne pourra changer tant qu’elle continuera d’être basée sur des promesses creuses. Les politiciens continueront de tricher pour obtenir leurs portefeuilles, certains d’entre eux pourront continuer de légiférer, de commander la police et de décider pour le prélèvement des impôts alors qu’ils sont eux-mêmes aux prises avec la justice dans des affaires douteuses, pour ne pas dire mafieuses.

Julliard propose deux mesures pour mettre fin à cet état de choses :

- L’interdiction du cumul de mandats. Il faut éviter que les politiciens tirent l’essentiel de leurs revenus de la politique, estime Julliard. Il rappelle que Jacques Chirac a été homme d'Etat toute sa vie, qu’il n’a jamais exercé d’autre métier que celui-ci, et que tous ses frais ont été constamment pris en charge par l’Etat français, à l’exemple de ce que vivent la plupart des politiciens de la classe politique française ;

- L’interdiction de se représenter à la même fonction. On pourrait craindre de priver les citoyens de l’expérience acquise lors d’un premier mandat, mais l’histoire montre que c’est le contraire. Les assemblées qui ont vraiment réformé la France ont été la Constituant de 1789, l'Assemblée nationale de 1848, la Commune de Paris, les assemblées de 1945-1946, toutes issues d’hommes neufs en politique et inexpérimentés.

« Si l'élection est l'honneur de la démocratie, la réélection est son fléau », affirme Julliard, qui explique que c’est la possibilité de la réélection qui motive les compromissions des politiciens. « Vous voulez la démocratie, dites-vous, vous voulez l'égalité ? Alors, organisez la rotation des citoyens au pouvoir ! Pour que la vie politique soit quelque chose pour tous, il faut qu'elle cesse d'être tout pour quelques-uns », conclut-il.

Son message est corroboré par les observations de l'économiste allemand Gerd Habermann qui avait récemment mentionné l’absence de politiciens de carrière en Suisse, et qui la désignait comme l'une des raisons du succès du modèle helvète. Ainsi, en Suisse, il n’y a pas de véritable classe politique, et les citoyens peuvent exercer momentanément une fonction publique tout en conservant leur propre emploi. De cette façon, la pays évite la plupart des problèmes de lobbying, de conflits d’intérêts et tous ceux inhérents à la présence d’une classe politique ancienne et rigide, avait-il expliqué.

http://www.express.be/joker/fr/platdujour/mettre-un-terme-aux-politiciens-de-carriere/183722.htm

Phil "Fossil"

Publié dans Coups de gueule

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