La Cave aux Coquillages, Fleury la Rivière, Champagne, France

Publié le par Phil Fossil

 

Nous en avons déjà parlé précédemment, néanmoins les dernières évolutions de l’infrastructure justifient amplement un article plus détaillé.

 

La région de Damery, près d’Epernay, est réputée pour les coquillages bien conservés de l’Eocène, ces derniers sont souvent découverts dans les vignes, champs, talus et autres affleurements de la région.

 

Il y a quelques décennies, quelques amis paléontologues amateurs champenois un tantinet rêveurs (dans le sens positif du terme !) mais assurément visionnaires se sont mis dans la tête de creuser le tuffeau lutétien afin d’exposer les coquilles en place, et plus particulièrement les cérithes géants Campanile giganteum, dans le cadre d’un affleurement permanent.

 

En 1997 le viticulteur Patrice Legrand-Latour et son épouse Anne acquièrent deux habitations à Fleury-la-Rivière, elles possèdent des caves qui correspondent on ne peut mieux avec le projet qu’ils rêvent tous deux de réaliser.

 

Sur quelques années, et après demande des autorisations aux propriétaires des terrains, et surtout une étude environnementale et de faisabilité, débute le travail pharaonique auquel il s’est attelé : creuser au mini-marteau-piqueur électrique 200 mètres de galeries pour faire se rejoindre ces deux caves, extraire de nombreux fossiles et simultanément en exposer en place.

 

Les deux galeries creusées presque simultanément finissent par se rejoindre, en un point l’on se trouve à 28 mètres sous la surface du coteau.

 

Un puits d’aération est percé, permettant de renouveler l’air dans les galeries et de fournir une zone de repli dans le cas, bien improbable, où un incendie se produirait dans la cave.

 

Les fossiles extraits rejoignent progressivement un laboratoire aménagé à la sortie, où ils sont dégagés et préparés grâce à de petits outils de dentisterie, lavés, séchés puis consolidés grâce à de la résine dissoute dans de l’acétone qui imprègne les blocs fossilifères, les durcit et les protège.

 

La visite se déroule comme suit :

 

Les visiteurs enfilent des chaussons, permettant de garder leurs chaussures et les bâtiments extérieurs propres, puis l’on aborde la « montée » vers la cave.

 

Là se situent des bulles plastiques transparentes présentant les principaux types de fossiles ayant précédé les mollusques lutétiens : trilobites ordoviciens bretons et dévoniens ardennais, spirifers dévoniens belges, végétaux carbonifères de Saint-Etienne, ammonites liasiques du Lyonnais, oursins oxfordiens ardennais, ammonites et nautiles albiens de l’Aube, oursins et bélemnites belges et champenois, flore thanétienne de Sézanne…

 

Outre les plages montrant les grandes coquilles telles qu’elles ont été découvertes et laissées en place, encore entourées des plus petits spécimens, des niches ont été creusées pour l’exposition systématique des principales espèces ayant été mises au jour dans les galeries.

 

Des reconstitutions prévues montrant le biotope lutétien viendront assez vite les rejoindre. Depuis les algues jusqu’aux requins, en passant par les principaux gastéropodes, raies et poissons reconstitués en position de vie, un véritable diorama en 3D sera bientôt présenté dans une ou plusieurs niches.

 

Sont prévus également à plus ou moins court terme, une aire de fouilles simulée montrant des mannequins en pleine action, une aire de tamisage à l’eau des sédiments de plus faible granulométrie, et une surface nettement plus importante qui sera progressivement dégagée à l’aide de matériel très léger afin de présenter une plage à fossiles de grande étendue.

 

Un bloc de tuffeau pesant plusieurs tonnes, posé sur un mur de pierres sèches, montre les dangers auxquels sont parfois exposés les collectionneurs insouciants ! En effet plusieurs décès ont déjà été déplorés dans la région, en majorité suite à l’imprudence des malheureuses victimes qui ont sous-cavé la roche tendre mais dangereusement faillée, et parfois juste après des intempéries qui avaient fragilisé le sous-sol.

 

A la sortie, nous arrivons au laboratoire où nous rendons les chaussons, puis nous pouvons admirer les pièces en cours de préparation ou déjà dégagées.

 

Des vitrines contiennent de beaux minéraux locaux, ou de provenance un peu plus éloignée.

 

Un poste de détermination offre une monographie complète sur les mollusques de la région, permettant aux visiteurs ou stagiaires de déterminer leurs découvertes. Un deuxième poste identique le rejoindra rapidement.

 

Quatre trémies seront bientôt opérationnelles, elles donneront la possibilité aux visiteurs de trier du sable lavé et séché de granulométries différentes afin de récupérer les petites espèces, méso-fossiles et microfossiles.

 

Des stages sont prévus, pour les individuels ou les groupes.

 

Trois chambres d’hôtes sont disponibles, et bien entendu l’activité principale (mais pour combien de temps encore ?) reste la viticulture et la champagnisation, leur production étant de surcroît de très bonne qualité.

 

Pour plus d’information : http://www.lacaveauxcoquillages.fr/

 

Excellente visite !

 

Phil « Fossil »

 

Publié dans Comptes-rendus

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Meggie 10/12/2008 17:45

Waow, ça donne envie !Merci de ce compte-rendu exhaustif.@ plus !Meggie