Le Pliocène des environs de Nice

Publié le par Olivier Bolle

  

La Côte d’Azur, endroit de villégiature qu’il est inutile de présenter, recèle de nombreux gîtes fossilifères intéressants. En particulier, il est possible d’échantillonner, dans les environs de Nice, quelques sites pliocènes à jolies petites coquilles.


Les sédiments pliocènes de la région niçoise remplissent le cours inférieur de la vallée du Var, constituant un bassin de forme triangulaire dont les sommets sont situés aux environs de Saint-Martin-du-Var (au N), Villeneuve-Loubet (au SW) et Nice (au SE). Classiquement, on distingue deux unités lithostratigraphiques principales dans ce bassin : « les Marnes bleues » à la base et « les Poudingues du delta du Var » au sommet. La première formation, qui affleure en bordure du bassin, est constituée d’argiles et marnes bleues à gris-bleu, interrompues par des passées de sables fins. Son épaisseur maximale en affleurement est de 80 m. Les Poudingues du delta du Var affleurent, quant à eux, au coeur du bassin sédimentaire. Ils constituent une épaisse formation (plus de 200 m d'épaisseur en affleurement) au sein de laquelle les niveaux de galets alternent avec des lits irréguliers et discontinus de sables fins et de marnes ou d’argiles (Fig. 1). Ces deux formations s’imbriquent selon un dispositif géométrique complexe, correspondant à un cône d’épandage marin semi-profond développé au pied des Alpes.



 

 
Figure 1. « Les Poudingues du delta du Var », dans une ancienne carrière des faubourgs de Nice (photo prise en août 2008 ; la hauteur du talus est de 10-15 m). On observe sur l’affleurement un niveau lenticulaire de marnes bleutées raviné par l’eau de ruissellement, surmonté d’une mince couche jaunâtre (sable fin ou silt) et d’un poudingue à stratification entrecroisée. Une abondante faune de petits mollusques (essentiellement des gastéropodes et des lamellibranches) est présente dans le niveau marneux et dans d’autres niveaux semblables affleurant sur le même site.


Par place, les marnes, argiles et sables des Marnes bleues et des Poudingues du delta du Var livrent des faunules de gastéropodes, bivalves et scaphopodes à caractères chauds, généralement très bien conservées (Fig. 2). Ces faunules malacologiques sont fort riches, tant en nombre d’individus (localement, possibilité de trouver de 200 à 300 coquilles en une demi journée de récolte) qu’en nombre d’espèces (à ma connaissance, au moins 150 espèces décrites). Par ailleurs, les fossiles, dégagés et nettoyés naturellement par le ruissellement de l’eau de pluie, se récoltent très facilement, par simple ramassage (un solide couteau est toutefois parfois nécessaire pour décoller du sédiment certaines coquilles « récalcitrantes »).




 

Figure 2. Une sélection de mollusques pliocènes de la région niçoise. (a) Charonia appenninica (Sassi, 1827), CM ; (b) Narona (Sveltia) lyrata (Brocchi, 1814), N ; (c) Epalxis (Bathytoma) cataphracta (Brocchi, 1814), N ; (d) Gemmula rotata (Brocchi, 1814), SMV ; (e) Mitrella (Crenisutura) thiara (Brocchi, 1814), SMV ; (f) Mitrella (Macrurella) nassoides (Grateloup, 1827), CM ; (g) Turricula (Surcula) dimidiata (Brocchi, 1814), N ; (h) Anadara diluvii (Lamarck, 1805), N ; (i) Dentalium sexangulum (Gmelin, 1791), CM. Gisements : SMV, Saint-Martin-du-Var ; CM, Cagnes-sur-Mer ; N, Nice.

 


Les coquilles fossiles présentées ici (Fig. 2) ont été récoltées lors de plusieurs sorties de terrain effectuées d’avril 2003 à août 2008. Elles proviennent de marnes qui affleurent sur trois sites bien connus, décrits dans divers travaux publiés dans les années 1970-80-90 : argilières désaffectées de Saint-Martin-du-Var (Marnes bleues, Zancléen basal) et de Cagnes-sur-Mer (Marnes bleues, Zancléen sommital), et ancienne carrière dans les faubourgs de Nice (Poudingues du delta du Var, Plaisancien basal).


Pour être complet, il faut également signaler que les sédiments pliocènes du bassin du Var sont localement recouverts, à proximité du rivage marin actuel, par des dépôts détritiques pléistocènes (essentiellement des marnes et des sables). Ces dépôts contiennent des accumulations lumachelliques de bivalves, qu’il est également intéressant d’échantillonner.

 

Olivier Bolle

 

Publié dans Sites de fouilles

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Walas Olivier 08/09/2017 16:05

Cette carrière ne semble pas trop dangereuse ... enfin sur ce que l'on peut en voir. Est-il possible, pour ceux qui connaisse, d'emmener un enfant de 6-7 ans pour chercher quelques coquilles de mollusques ?

Phil Fossil 18/09/2017 13:18

Oui, je suppose que y emmener un enfant ne pose pas de problème à condition de le surveiller étroitement.
Amitiés !
Phil "Fossil"

Olivier 09/02/2010 21:19


Et en plus, c'est vrai !


carchadorias 09/02/2010 20:36



Oui euh attention tout de même, cette carrière est bourrée de limonite.




Paleoman 09/02/2010 16:03



Bonjour Caro,

Je me suis permis de transmettre ton adresse eMail à Olivier, auteur de cet article.

Bonne continuation et merci pour tes visites !

Amitiés.

Phil "Fossil"



caro 08/02/2010 20:29


bonjour et merci pour cet article très interessant. J'aimerais beaucoup connaître l'emplacement de l'ancienne carriere des environs des Nice afin de m'y rendre pour une petite sortie. Auriez-vous
la gentillesse de me faire parvenir une carte ou quoi que ce soit me permettant de me repérer? Je vous remercie par avance.