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D’après un texte de Lewis M. Simons, National Geographic
Les arguments entre scientifiques et hommes d’affaires sur l’influence de l’argent sont aussi anciens que la science elle-même, et les négociants en fossiles de par le Monde ne font pas de mystères concernant leur motif principal : le profit. De nombreux insistent sur le fait que ce business contribue de manière importante à éduquer les masses, les enfants en particulier. De nombreux dealers actuels aussi bien que des paléontologues professionnels ont appris à aimer les vieux ossements quand, lors de leur enfance, ils ont repéré un joli spécimen dans une échoppe au bord de la route. Abdullah Aaronson ne fait pas exception. Il a été élevé au milieu des fossiles depuis son plus jeune âge. Mais ce citoyen américain de 28 ans, né et ayant vécu depuis au Maroc, clame de manière judicieuse que ce négoce permet aux familles les plus pauvres du désert de survivre. Ce qui distingue le marché des fossiles au Maroc de ce qui se passe dans les autres pays est le fait que la majorité des pièces est constituée de trilobites et d’autres créatures invertébrées. Les scientifiques sont plus concernés par les spécimens de vertébrés, généralement bien moins nombreux dans le monde.
Parcourant les vagues sableuses du Sahara durant un trip de deux semaines pendant la saison plus fraîche d’octobre, Aaronson, la photographe Lynn Johnson et moi avons rencontré des groupes d’arabes et de berbères cherchant à la pelle et à la pioche les trilobites, de grandes créatures articulées qui habitaient la Terre il y a 600 millions d’années.
Aaronson a l’air de connaître tous les fouilleurs itinérants par leur nom et, vu que son arrivée semble signifier qu’ils vont avoir la possibilité de vendre leurs trouvailles, ils sont excités de le voir. Il se prête de bonne grâce au triple baiser sur la joue, salut traditionnel des hommes du Moyen-Orient. Pendant tout ce temps il parle avec Hamed Martou, un nomade berbère qui parvient à nourrir une famille de 32 personnes grâce à la recherche de fossiles, il n’arrête jamais de frapper des blocs de roche rougeâtre de la taille d’un ballon de plage à l’aide d’un marteau primitif et fait de ses propres mains. Il a préalablement extrait les roches d’une tranchée profonde que lui et pas mal d’autres ont creusée durant les 25 dernières années. Cette tranchée s’étend sur presque 20 milles (30 kilomètres), entièrement creusée à la main, le long de la base du Mont Issoumour, un site daté du Dévonien à 10 milles (15 kilomètres) de la ville-croisement d’Alnif. « Si cela n’était pas pour Abdullah l’Américain, dit-il, notre seul choix serait de mourir de faim ou de prendre le Bateau de la Mort jusqu’en Espagne. »
Les voyages sur le Bateau de la Mort sont à hauts risques, des milliers de marocains et africains sub-sahariens les font dans une tentative désespérée de trouver du boulot en Europe. Très souvent, leurs radeaux de caoutchouc surchargés se renversent. En 2004 plus d’une centaine de personnes se sont noyées. Mais Aaronson offre une alternative : les intermédiaires locaux auxquels il achète la majorité de ses marchandises, paient les récolteurs quelques dollars pour les fossiles qu’ils extraient. Cela aide à compléter ce qu’ils peuvent gagner lors des travaux de route occasionnels pour le gouvernement, le travail à la ferme, et la vente de chameaux ou de chèvres qu’ils élèvent ; au total, à peine de quoi subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles nombreuses. Le travail est moins dangereux que le trajet en bateau, mais certains creusent tellement profond verticalement dans le sol sableux – parfois 30 ou 40 pieds (10 à 13 mètres) et ensuite une galerie à angle droit – que les trous peuvent s’effondrer et les enterrer vivants.
Comme tous les creuseurs rencontrés dans le désert, Martou est aussi buriné et désséché qu’une bonne longueur de vieille corde. Il porte la fin de son vieux turban devant la bouche et le nez pour filtrer la poussière soulevée par le vent pendant qu’il frappe gentiment les roches, cherchant la légère fissure qui les ouvrira en libérant le trilobite coloré par l’oxyde de fer. La plupart des pierres ne donnent rien, et il les déverse sur un tas de plus en plus haut. « Deux trouvailles par journée, c’est bien », dit-il. Cela lui rapporte probablement 5 dollars. Le salaire journalier minimum au Maroc, un chiffre sans grande signification pour lui, est de 10 dollars.
A suivre…
Phil « Fossil »
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