Une trouvaille remarquable sur la côte du Dorset

Publié le par Phil Fossil

 

Le squelette de dinosaure le plus complet jamais mis au jour en Grande-Bretagne sera bientôt exposé – vestige d’une espèce unique au Royaume-Uni qui périt par l’action d’une vague dévastatrice.

 

Le premier élément fut retrouvé sur une plage du Dorset en 2000 par David Sole, un ex-avocat devenu collecteur professionnel de fossiles. « Il y avait un bloc de roche d’une dimension d’environ deux pieds sur un pied logé dans du sable fin, et j’ai deviné qu’il y avait quelque chose d’inhabituel à l’intérieur », rappelle-t-il.

Une recherche ultérieure montra que ce qui ressemblait à un bloc de calcaire était truffé d’ossements. Les mois et années qui suivirent, d’autres fragments furent trouvés imbriqués dans des blocs de calcaire voisins – le dernier, contenant une petite partie de pied, par un amateur en 2005.

Après trempage journalier dans de l’acide acétique très dilué – moins fort que le vinaigre utilisé sur les chips – la pierre révéla, petit bout par petit bout, un squelette complet. Les experts découvrirent que la créature était un Scelidosaurus de 195 millions d’années, le plus ancien des dinosaures cuirassés.

« Il a de grosses épines sur tout le corps, incluant deux cornes proches de celles des chèvres à l’arrière du crâne et formant une sorte de collerette avec l’armure du cou. Cela nous laisse à penser que le spécimen était probablement un mâle mature », explique le Dr Tim Ewin du Bristol City Museum et Art Gallery, où la bête sera exposée au public à partir du mois prochain.

Jusqu’à présent, cette espèce particulière n’apparaissait que dans un seul niveau de roche d’un autre affleurement près de Lyme Regis, et certainement pas de manière aussi détaillée.

Ce qui est inhabituel, le squelette presque complet est resté articulé, ce qui signifie que chaque os est en connexion et à sa place correcte. Les longs et fins tendons supportant l’énorme estomac de l’animal sont également frappants, ils s’étendent toujours depuis la colonne vertébrale. Etonnant aussi le fait que le gosier de la créature contenait une zone décolorée, et les restes de son dernier repas.

Le lieu de la découverte est inattendu, cependant. Les roches de Lyme Regis ont toutes été formées sous une mer ouverte, alors que les dinosaures étaient des animaux terrestres. A part un naufrage jurassique, qu’est-ce qui a bien pu entraîner la préservation d’un tel animal sous la mer ?

Une réponse partielle se trouve dans la paléogéographie. Durant l’Ere jurassique, le sud de l’Angleterre se présentait sous la forme d’une série d’îles basses séparées par des bras de mer. Comme le rappelle le Dr Ewin, les îles sont souvent le refuge d’espèces, tout comme le dragon de Komodo actuel, qui ne se retrouvent nulle part ailleurs.

« Il se peut que Scelidosaurus ne vivait que sur une seule île, à quelques milles de Lyme Regis, ce qui expliquerait que l’espèce n’ait été signalée nulle part ailleurs. Nous commencions à nous demander si nous étions en présence d’un groupe familial qui aurait été balayé de l’île par un tsunami soudain, comme il a été constaté en 2004. »

Il existe des arguments corroborant un tsunami jurassique, sous la forme de blocs rapidement déplacés qui ont été découverts en Ecosse. Mais il y a un mystère supplémentaire : piégées dans la mandibule de l’animal se trouvent deux dents de crocodile.

Se peut-il que Scelidosaurus soit mort en protégeant sa famille – les squelettes plus petits et moins complets découverts auparavant – d’une attaque de crocodile ? Ewin ne le pense pas : les dents sont dans la mâchoire et non fichées à l’extérieur du corps.

« Les dinosaures herbivores avalaient fréquemment des pierres (NDLR les gastrolithes) qui les aidaient à fragmenter la végétation grossière durant son passage dans leur estomac, et il me semble que cette espèce pouvait avoir avalé des dents de crocodile en lieu et place de pierres. Les crocodiles perdent régulièrement des dents, et elles devaient être assez faciles à trouver sur l’île. Elles pouvaient également apporter du calcium, nécessaire pour la constitution de toute cette armure osseuse.

Mais les dents de crocodile sont dans la bouche, et non dans l’estomac. Donc Ewin examina à nouveau le supposé « dernier repas » dans le gosier.

« Le tout était très fin, et dénué de parties reconnaissables de matériel végétal. Je pensai alors que peut-être ces aliments n’étaient pas en train de descendre, mais de la nourriture digérée qui remontait - du vomi de dinosaure. Les dents de crocodile pouvaient fort bien avoir été éjectées de l’estomac au cours de ce processus. Vomir arrive fréquemment quand on est au point de se noyer, et je crains que cela soit arrivé dans ce cas. »

Donc il semble que cette famille, membres d’une espèce de dinosaure exclusivement anglaise, ait été jetée à la mer par un flot terrifiant, en même temps que des débris de plantes et la boue qui les a préservés – jusque 200 millions d’années plus tard, lorsqu’une tempête actuelle a révélé le lieu de leur sépulture sur cette plage du Dorset.

Pour quelques détails sur la date d’exposition du dinosaure, voir le site ci-après (en Anglais) :

http://www.bristol.gov.uk/ccm/content/Leisure-Culture/Museums-Galleries/coming-soon-best-preserved-dinosaur-in-britain-to-go-on-display.en;jsessionid=2DD3CB3516E23CB7276EB5673E98B42A

 

 

Comment chasser les trésors paléontologiques

 

Si vous désirez chercher des dinosaures, la Côte Jurassique Site du Patrimoine Mondial est un bon endroit pour démarrer. Le long de cette côte, depuis l’Est du Devon jusqu’à l’île de Purbeck au Dorset, les fossiles tombent des falaises soumises à l’érosion sur les plages – autour de Lyme Regis en particulier.

 

LES FAMILLES CHERCHANT DES FOSSILES SUR LES PLAGES DEVRAIENT SUIVRE CES PRECEPTES :

Ne pas extraire des fossiles des falaises : c’est trop dangereux. Mais il est important qu’ils soient récupérés de la plage, s’ils sont laissés ils seront détruits par la mer.

Montrez vos spécimens à un expert. Un bon endroit pour cela est le « Charmouth Heritage Centre », Centre patrimonial de Charmouth, à l’Est de Lyme Regis.

Permettez aux experts de garder les fossiles (NDLR importants) afin qu’ils soient déposés dans des musées et mis à la disposition des scientifiques pour leurs recherches. Dans ces cas de figure le nom des découvreurs est enregistré pour la postérité.

Vérifiez les heures des marées : prospectez le long de la plage à marée descendante. Restez à distance des falaises et des éboulements.

L’association Côte Jurassique organise régulièrement des balades de recherche de fossiles. Pour les détails, voir le site ci-après (en Anglais) :

www.jurassiccoast.com

 

Phil “Fossil”, d’après un texte d’Anna Grayson (Telegraph UK)

 

Texte original :

http://www.telegraph.co.uk/earth/main.jhtml?view=DETAILS&grid=&xml=/earth/2008/05/20/scidorset120.xml

 

Publié dans Revue de presse

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