|
|
|
|
|
|
|
|
FORUM de discussion |
ENGLISH (robotic) |
NEDERLANDS (robotic) |
DEUTSCH (robotic) |
ITALIANO (robotic) |
ESPANOL (robotic) |
ECHANGES TRADE |
Mon cher Phil,
Toi qui connais cette région comme le fond de la poche du pantalon que tu portes lors de tes innombrables sorties – lequel, je n’en doute pas un instant, finira dans un musée - tu ne le contesteras pas. D’ailleurs, les faits sont là, nus et indiscutables, qui sautent aux yeux même pour le plus distrait des observateurs.
C’est devenu une réalité incontournable : Doel est désormais un village fantôme !
Déjà, n’as-tu jamais eu l’étrange sensation, lors d’une de tes prospections, lorsque tu arrivais dans le zoning portuaire d’Anvers, de débarquer quasiment dans un autre monde, sur une autre planète ou plus exactement - et c’est à cela que je veux en venir - sur le théâtre d’un immense… champ de bataille ?
Prends le temps d’observer le paysage, dès que tu en auras encore l’occasion.
A perte de vue, ce ne sont plus que des forêts de grues démesurées, qui surplombent autant de gigantesques empilements multicolores faits de containers de toutes provenances, quoiqu’ils soient de plus en plus fréquemment arrivés en droite ligne de la Chine. Car, Mon cher Phil, ce port d’Anvers - qui est le deuxième d’Europe, ne l’oublions pas - est quasiment devenu la principale zone du front dans ce qui est sans conteste une guerre économique au niveau mondial…
Mais il n’y a pas que cela !
En filigrane apparaît une autre lutte d’influence quotidienne, certes beaucoup moins connue, plus larvée, soigneusement éloignée des médias et qui se déroule dans une quasi indifférence générale.
Constamment, sous nos yeux avertis de prospecteurs, des régiments entiers de bulldozers jaunes ou d’engins de chantier aux couleurs criardes sont rangés en rangs serrés le long des routes, tels une armée de chars lourds qui n’attendent qu’une seule chose, que l’ordre formel leur soit donné pour se lancer à l’assaut des dernières plaines de sable.
C’est le spectacle récurrent d’un ultime combat qui s’annonce.
Et un des enjeux majeurs de cette lutte acharnée est Doel lui-même.
Car ne nous y trompons pas, mon cher Phil : le siège du village a débuté !
Doel n’est plus que le dernier bastion qui résiste tant bien que mal à l’ogre portuaire.
D’ailleurs, si l’on prend la peine de s’attarder dans ses rues, ce célèbre hameau semble de plus en plus étrangement désert, vide de toute âme, abandonné dans une précipitation qui atteste d’une fuite comme devant une catastrophe imminente. Les maisons paraissent avoir été évacuées à la hâte et sans aucun espoir de retour. Immanquablement, vu la proximité de la centrale nucléaire, on pourrait redouter qu’il ne fût survenu une horreur, une sorte de « nouveau Tchernobyl ».
Et bien que ce ne soit assurément pas le cas, sans conteste pourrait-on au moins là-bas tourner un « film catastrophe ». Les rues et ruelles sont plongées dans un silence inquiétant, très pesant, et cette oppression diffuse ne manque pas de vite générer un profond sentiment de malaise. Les volets sont clos ou alors battent à tout vent. De nombreuses vitres sont brisées, ou simplement inexistantes. Des maisons entières ont été ratatinées, ne laissant plus que des amoncellements de gravats. Ca et là, oubliés ou sans doute abandonnés dans la débâcle, s’affiche le triste spectacle d’une poupée démembrée, d’un matelas, voire d’un tableau, vieille croûte dérisoire. Même les anciennes pompes à essence ont été arrachées. Tous les petits commerces sont fermés depuis belle lurette. La friterie « ‘t Ketelke », l’hôtel Europe et le café Saxonia, ainsi que les restaurants « Saefthinge » et « ‘t Paviliontje », ou la supérette Flandria. La cour de la petite école est déserte et silencieuse, désormais vide de tout cri d’enfants. Même l’imposante taverne « De Jagersrust », qui était debout voici encore quelques années, a entre-temps été entièrement rasée, comme beaucoup d’autres bâtiments de cette petite bourgade, pourtant historique.
Paradoxalement, pendant les vacances ou durant les longs week-ends, c’est l’affluence, mais d’une manière ô combien artificielle, comme si les touristes d’un jour venaient se promener le long de la berge surtout pour se délecter de cette déshérence, pour se repaître des derniers malheurs des Doelenaars, pour assister aux derniers instants du village dans une curiosité presque malsaine, voire purement morbide.
Bien sûr, contre l’actuelle stratégie du pourrissement menée sournoisement par les autorités flamandes, quelques irréductibles tentent de poursuivre la résistance, des habitants qui tiennent comme ils peuvent…
Mais pour combien de temps encore ?
Car le triste sort de Doel semble scellé, après le creusement du « Deurganckdok », dans le projet, plus pharaonique encore, du futur « Saeftingedok ».
Sans nul doute, mon cher Phil, depuis tant d’années que tu fouilles sans relâche dans la région, auras-tu observé les inscriptions sauvages qui ornent de noir certains socles en béton des pylônes électriques, généralement accompagnées d’une représentation stylisée d’un village, d’ailleurs réduit à un clocher d’église surmonté d’une coupole rayonnante, du genre soleil levant « façon-drapeau-Japonais-au-début-de-la-Seconde-Guerre-Mondiale-avant-que-cela-se-gâte-un-peu-pour-eux ».
Ces mentions sont sans équivoque quant au souhait désespéré de leurs auteurs : « Doel blijft ! » ou « Doel moet blijven ! ». (NDLR « Doel reste » ou « Doel doit rester »)
Mais, entre nous, mon cher Phil, de toi à moi, maintenant que nous sommes seuls, au-delà de toutes ces bien tristes considérations sociologiques, n’existerait-il pas à Anvers un péril plus grave encore ?
Une menace beaucoup plus inquiétante ?
Un danger combien plus pressant et sournois ?
Que dis-je, des convoitises hautement plus perverses ?
Je veux parler de cet extraordinaire trésor paléontologique, quasiment inévaluable, qui repose depuis des millions, voire des dizaines de millions d’années, dans ce même sous-sol anversois.
La région n’est-elle pas en définitive qu’un gigantesque cimetière marin ? Sous ces quelques mètres - tout au plus - de limon et de tourbe que constituent les polders, n’y dormirait-il pas une inestimable richesse âprement recherchée ?
Nous ne faisons plus guère d’illusions sur le sujet. Tu le sais d’ailleurs autant que moi, sinon plus encore :
Nous sommes en guerre, mon Cher Phil !
Auparavant, nous en avions déjà fait l’amère expérience…
Souviens-toi !
Toutes ces plaines vérolées de trous et parsemées d’autant de monticules qui les faisaient ressembler à Verdun juste après la bataille. Toutes ces excavations faites par des inconnus. D’ailleurs, ce ne sont pas tes récents déboires avec quelques collectionneurs soucieux de se réserver à l’avenir l’exclusivité d’un nouveau site qui m’inciteront à penser le contraire. La preuve en est faite. Les prospecteurs que tu as croisés ne sont que l’avant-garde d’une armée d’invasion dont l’unique but est de s’emparer définitivement des richesses de notre sous-sol.
Ma conclusion est simple : il nous faut impérativement protéger la région d’Anvers contre les envahisseurs de tous bords !
Je te le demande : pourquoi diable devrions-nous leur laisser libre accès à tous nos sites fossilifères, alors que nos proches voisins en sont eux-mêmes copieusement pourvus ? Après tout, les régions hautement riches ne leur manquent pas. Ils en disposent même de quantités insoupçonnables.
Tiens, pour ne citer que quelques noms parmi les plus célèbres : en fait de lieux paléontologiques mondialement connus, nos amis Français en ont un tout grand nombre, au moins jusqu’à Wissant !
Et les Hollandais en ont même quasiment Mill !
NON MAIS ALORS, VRAIMENT, DE QUOI SE PLAIGNENT-ILS ?
Il nous faut donc battre sur le fil tous ces importuns qui tentent de s’imposer sur notre terrain.
Evidemment, j’avais tout d’abord pensé à la méthode douce.
Tu me connais : je préfère de loin les vertus du dialogue, la saine négociation, le fructueux échange d’idées. C’est ma nature profonde, ça : jamais d’excès, tout en nuances. Je suis la tolérance et la modération personnifiées.
J’avais donc songé à les convaincre : rien de tel qu’une bonne persuasion.
J’avais pensé dans un premier temps à installer sur tout le pourtour du site portuaire quelques panneaux très dissuasifs.
D’immenses avis dans le genre : INGANG : TE BETALEN (NDLR : Entrée payante)
Je me disais que cela devait déjà largement suffire, en tout cas à l’égard de tous les Hollandais, du moins permettre d’éloigner la très grande majorité d’entre eux… Mais si le stratagème avait toutes les chances d’être efficaces contre les Bataves, ce ne serait pas forcément le cas pour tous.
Il me fallait bien trouver autre chose.
J’avais alors envisagé de placer sur tous les accès un maximum d’autres panneaux officiels, en cinq langues, signalant cette fois DANGER FUITE RADIOACTIVE
Cela devait pouvoir décourager jusqu’aux plus irréductibles.
Et j'en connais !
Sans négliger bien évidemment, l’indispensable sigle. Je me disais que cela devrait bien leur convenir, là-bas, à Antwerpen : noir sur fond jaune…
Mais après mûre réflexion, j’en suis finalement arrivé à la conclusion que cela ne serait jamais suffisant.
Il ne me restait plus à envisager que la manière forte.
J’ai finalement décidé d’engager des mercenaires…
Des « hommes de main ».
Une poignée, je te rassure, mais des personnes de confiance, déterminées et d’une très grande valeur morale. Des guerriers aux nerfs en acier trempé, entraînés et que j’ai spécialement motivés pour l’occasion, parfaitement conscients qu’ils sont désormais de cette noble tâche, de la mission historique qui vient de leur être assignée.
Depuis plusieurs mois déjà, ils sont à pied d’œuvre, effectuant discrètement des repérages, agissant constamment dans l’ombre, prenant méthodiquement position aux points stratégiques de la zone portuaire.
Naturellement, le secret avait été scrupuleusement gardé jusqu’à présent, mais à toi, vu les relations d’amitié qui nous lient, je peux dévoiler quelques détails de l’opération.
Déjà, un premier essai a été mené, qui s’est révélé concluant, oserais-je même dire, au-delà de toutes mes espérances.
Peut-être ne l’as-tu pas remarqué à l’époque, quoique l’information ait été diffusée avec une certaine emphase, mais pas plus tard que le 23 octobre de l’année dernière, des paracommandos du 2e bataillon de Flawinne ont sauté sur Anvers. Des Wallons se sont entraînés à la guerre dans les beaux quartiers d’une grande ville flamande !
Il s’agissait d’intervenir dans les locaux de l’Ecole Sint-Willebrord de Berchem pour sauver une vingtaine d'élèves et leurs deux professeurs qui avaient été pris en otages par des soi-disant rebelles des « Portland Freedom Fighters »
Officiellement, ce n’était qu’un « exercice », destiné à mieux planifier l'évacuation de ressortissants.
Authentique, mon cher Phil !
Beau coup d’essai pour mes hommes, n’est-ce pas ?
Même les médias, qui en ont pourtant fait un large écho, n’y ont vu que du feu…
Mais ce n’était bien entendu qu’une première étape, en guise de mise en bouche.
L’objectif véritable que je leur ai assigné dans les prochaines semaines est on ne peut plus simple : boucler toute la zone portuaire !
Les grandes lignes du plan ont été laissées à leur propre initiative, à leur meilleure appréciation. Après tout, ce sont des professionnels. Je leur ai d’ailleurs donné un budget illimité et laissé totale carte blanche. Libre à eux d'installer des barricades, de monter des miradors, de placer des mines antipersonnel Claymore, des réseaux de fils de fer barbelés, des mitrailleuses lourdes chargées de balles « dum-dum ».
Hein, que dis-tu ?
Convention de Genève ?
Connais pas !
C'est où, Genève?
Les Suisses n’ont pas à se mêler d’une affaire purement interne.
Qu'ils s'occupent d’abord de leurs Platéosaures et qu'ils ne viennent pas se mêler de nos dents à nous !
Ah oui, maintenant que j’y pense, il faudra que je leur demande de faire creuser quelques fossés antichars, ne pas oublier de les remplir de napalm, d’installer quelques bombes artisanales, de miner l'accès au port d'Anvers. Mieux, si possible, couler quelques épaves dans les chenaux, lâcher les chiens des races choisies parmi les plus teigneuses, disséminer quelques renards enragés s’il s’en trouve encore, et… tiens !
J’envisagerais peut-être même de lâcher ma belle-mère !
Quoiqu’il me répugne d’en arriver à une telle extrémité contre des êtres humains, peut-être accompagnés d’enfants, qui sont somme toute sans défense…
Voilà.
Mais après, ce sera fini !
Plus personne ne passera désormais pour tenter de prospecter.
Plus personne !
Qu’il soit armé ou non de ses grosses bêches, grandes pelles, grattoirs ou outils de fortune, soigneusement aiguisés ou pas.
Et même accompagné de l’un ou l’autre petit tamis !
ET JE NE VISE PERSONNE !
N’est-ce pas, Phil ?
Saches bien que dorénavant, je prends les choses en main.
CarchaDOrias attendra de pied ferme, pour éliminer tous les importuns. Et les plaines fossilifères d’Anvers seront définitivement à nous.
C’est-à-dire, surtout à moi.
Mon seul mot d’ordre sera alors bref, mais impitoyable.
Tout le monde en rangs :
« LES HASTALIS A GAUCHE ! ».
« LES CARCHARIAS A MA DROITE ! ».
Et les molaires de phoques sur mandibule se tiendront bien sagement au milieu…
« ET JE NE VEUX VOIR AUCUNE COURONNE QUI DEPASSE ».
Sauf les pathologiques, évidemment !
Car Mon Cher Phil, très bientôt je vais sortir de l’ombre. Et toutes ces petites merveilles seront enfin à moi.
Désormais, les dents fossiles de Carcharodon carcharias, serrulées à faire peur, d’une brillante couleur « bleu nuit » et de neuf centimètres au garrot, elles seront à moi.
Et rien qu’à moi !
A moi tout seul...
A MOI !
MOI !
A MOI ! MOI ! MOI ! MOI !
A mouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
CarchaDOrias
PS.
Il semble que notre cher ami CarchaDOrias ait sévèrement pété les plombs, aux dernières nouvelles il aurait même fait un malaise...
Nous vous tiendrons bien naturellement informés de l'évolution de son état de santé !
Phil "Fossil"
http://siratus-alabaster.over-blog.com/
Je me demande si c'est à prendre au second degré.
JP
Bonsoir les ami(e)s,
En effet, toujours déchaîné notre CarchaDorias...
Je n'ai pas oublié Siratus, avec un jour de retard car je ne me suis pas connecté (articles postés à date future).
Cher Jean-Pierre, je doute que le deuxième degré soit suffisant, parfois...
Amicalement.
Phil "Fossil"